Nous étions quelques uns d’ Inoveé à assister à Nantes à la conférence de Dominique Bourg, philosophe, professeur à l’université de Lausanne et vice président de la fondation Nicolas Hulot.

Quelques notes que j’ai prises.

Dominique Bourg a présenté les 3 piliers de la démocratie:

  • Un type d’organisation de la société qui permet aux citoyens d’agir sur les décisions publiques pour le bien être du plus grand nombre,
  • Les institutions (justice par exemple), les syndicats et le média doivent être libres et indépendants,
  • Des valeurs fortes doivent être respectées, comme le droit humain, le respect de l’autre, la limitation d’exercice du pouvoir,

(Pour lui le mot peuple n’est pas démocratique car il ne respecte pas la diversité de pensées et de catégories au sein de la société).

Constatation:

Les difficultés contemporaines mettent à mal la démocratie qui, sous pression, entraîne un basculement vers des régimes dictatoriaux.

Quelles sont ces sources de pression ?

1er type:

  • La globalisation, a laquelle s’est ajoutée la construction européenne a réduit la marge de manœuvre des états,
  • Le néolibéralisme a imposé la gouvernance par les marchés qui favorise encore plus cette réduction de la marge de manœuvre des états,
  • Tous les partis politiques ont joué la carte identitaire,
  • Des gens humiliés par ce néolibéralisme dominant se sont appauvris, ont été humiliés. Soumis à l’inactivité ils sont en colère, voire enragés (aux Etats-Unis plus on chargeait Trump plus il séduisait un électorat, par vengeance des élites). Les classes moyennes, érodées, entraînent l’érosion de la démocratie.

2eme type :

Le paysage de l’information actuel :

  • On est passé d’un « commun d’informations » (avec des journaux télévisés limités en nombre) décryptés de façon différente par une presse indépendante à (aujourd’hui) des réseaux d’informations multiples via internet, facebook, you-tube…
  • Ces réseaux d’informations font que tout le monde n’a plus les mêmes infos, car nos canaux culturels sont différents. De plus, on est toujours ramenés à nos choix (les moteurs de recherches ont un rôle important dans les choix qu’ils proposent). Cela mine encore plus la démocratie.

3eme type :

  • Aujourd’hui l’augmentation du PIB ne profite qu’à peu de personnes, les plus riches. Les gains de la croissance sont mal répartis. Autant, après guerre la croissance a permis le développement d’infrastructures qui amélioraient le bien être de tous, autant depuis les années 1980 la croissance sert à fabriquer des petits objets (téléphones, jeux, gadgets) qui crée un climat anxiogène.

4eme type :

  • La croissance ne délivre plus des fruits mais des poisons, des surproductions d’inégalités (aux USA on a un niveau d’inégalités comparable à celui des années 1920 !). Les inégalités qui s’étaient réduites jusqu’en 1960 progressent à nouveau.

Les conséquences

  • Tous ces éléments déstabilisent les gens. Les sondages montrent que 40% de la population souhaite un régime autoritaire. Les droites traditionnelles sortent de leurs valeurs.
  • Les européens ne croient plus à l’idéologie du progrès qui devait déboucher sur une amélioration de la condition pour tous.
  • Il y a déconnexion avec les facteurs environnementaux, effondrement de la vie sauvage et de la biodiversité, dérèglement des climats, surexploitations des ressources. Les récoltes alimentaires sont fragilisées. Les limites sont franchies sans aucun signal visible par la majorité. La sphère économique s’oppose à toutes les autres sphères. Parmi les critères de jugement à notre disposition (humain, solidarité, esthétique, …) le seul critère qui prédomine est : « peut payer/peut pas payer ».

Réponses suite aux questions de la salle :

  • Et l’écologie la dedans ?

On reste sur écologie politique. Cependant il n’y a pas une mais des façons de faire de l’écologie. L’écologie politique actuellement ne change pas les règles du jeu économique et social mais s’adapte à ces règles. Ce n’est que de la modernisation écologique (seuls Hamon et Mélenchon avaient compris les véritables enjeux).

  • Sur Pierre Rabhi :

Pierre Rabhi a compris quelque chose de fondamental : avant de changer le monde il faut se changer soi même. En effet une dimension spirituelle doit être prise en compte pour changer le monde : la nécessité de se changer soi même.

  • Faut-il continuer à aller vers la modernité ou pas ?

Oui, mais avec des économies différentes. A côté du capitalisme doivent vivre des économies circulaires. Une idée très intéressante et novatrice : pour favoriser le dynamisme à l’échelle locale instaurer un revenu de transition écologique afin de doper ces expériences. (Certaines n’aboutiront peut être pas, mais beaucoup réussiront).

Ce  revenu est plus positif que le revenu universel pour lequel Dominique Bourg n’est pas favorable.

  • Chez nous nous avons une monarchie présidentielle. D’autres pays s’en tirent ‘ils mieux ?

La Suisse avec un système de gouvernance collégial s’en sort mieux. La Norvège aussi. Souvent les petits pays ne faisant pas peur ont su garder une industrie. Ils sont aussi plus altruistes.

Pour finir sur une note optimiste, y a-t-il des solutions ?

L’Europe néolibérale a « du plomb dans l’aile », les partis populistes ont permis de mettre cela en évidence.

Aujourd’hui des expériences issues d’associations, de fondations… mettent en place des stratégies géniales. Il faut une politique pour les soutenir et favoriser leur développement et leur multiplication.

Attention cependant ces poches de stratégies géniales qui marchent au niveau local, peuvent ne plus marcher quand on passe à une échelle plus grande.

Ces améliorations sont à juger sur le moyen ou long terme. Le court terme sera encore difficile, mais Dominique Bourg est optimiste pour le long terme.

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